09.02.2010 | 08:33
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Isabelle Huppert emménage Villa Amalia
03.08.2009 10h35

Isabelle Huppert, il y a quelques mois, on l’a laissée sur un instable «Barrage contre le Pacifique», désemparée, presque absente, en tous les cas un peu dépassée par ce qui lui arrivait. La voilà qui troque Marguerite Duras, l’auteur du roman éponyme, contre le romancier Pascal Quignard dont Benoît Jacquot vient d’adapter «Villa Amalia».

C’est un roman éclaté qui agrippe son lecteur. Le cinéaste remet le livre sur les rails d’une narration moins sophistiquée et plus linéaire. Et Isabelle Huppert s’empare du personnage d’Eliane Hidelstein, pianiste et musicienne de renom. Son compagnon l’a trompe. Eliane lui intime de quitter l’appartement. Elle décide de changer de vie. Le hasard lui fait rencontrer Georges, un ami d’enfance, qui l’épaule dans sa métamorphose. Eliane persiste et signe. Elle largue tout, adopte son nom d’artiste, aboutit en Italie, échoue à Ischia, revit avec les insulaires, noue une idylle avec une belle Italienne et cherche sans trêve son identité morcelée.


Tout «Villa Amalia» se déploie comme un paysage mental qu’Eliane arpente avec détermination. Isabelle Huppert est la parfaite complice du cinéaste. Tous les deux nous séduisent par les lumières, les sensations, les émotions. Et Isabelle Huppert est plus resplendissante que jamais, entourée avec brio par Jean-Hugues Anglade, Jean-Michel Portal, Michelle Marquais et Xavier Beauvois.

Ce qui, chez elle, relève parfois de la sécheresse, se mue en passion radicale vibrant comme un feu glacial dans «Villa Amalia». Elle joue l’absence à tous les niveaux, elle disparaît, elle déroute, elle échappe à tout le monde, elle devient l’innommée aux images multiples. Même dans son corps de nageuse inassouvie coupée du monde, elle ne cesse de nous interroger avec ses regards incisifs et son laconique phrasé. Du grand art. Et un des meilleurs films de Benoît Jacquot.



Fernand-Joseph Meyer